Les débats d'Agir Pour la France.

Les points de vue exprimés dans cette page n'engagent que leurs signataires. Les positions d'APF
sont arrêtées par les votes des adhérents et sont présentées dans les pages vertes.



Débats d'idées

Débats sur la stratégie

Retour

Les détournements des pouvoirs.


La classe dirigeante.

On recherche régulièrement les raisons qui pourraient expliquer le déclin de notre pays : insuffisances de notre dialogue social, médiocrité de nos chefs d’entreprise, politisation de nos syndicats, centralisation excessive… Mais rien de tout cela ne caractérise vraiment la France. On doit en revanche constater qu’il y a une vraie spécificité française, c’est celle de la composition stéréotypée de sa classe dirigeante.

Depuis une quarantaine d’années, nos grands partis politiques et notre administration de l’Etat sont dirigés par des hommes et des femmes qui constituent une sorte de caste, bien identifiable. Compte tenu des pouvoirs qui ont été et sont les leurs, ils portent nécessairement la responsabilité de la situation actuelle. On voit d’ailleurs très bien pourquoi.

Un des leurs points communs est d’avoir été sélectionnés sur la base de concours très difficiles et très recherchés. Cela leur donne le sentiment de constituer l’élite de la nation, avec comme corollaire une grande incapacité à admettre qu’ils peuvent se tromper. Or nous vivons dans un monde complexe où personne ne peut plus avoir la prétention de tout savoir. D’autant qu’ils ont été recrutés dans la fonction publique dès la fin de leurs études et que bon nombre d’entre eux y restent toute leur vie : ils n’ont alors aucune expérience réelle des activités qu’ils sont supposés organiser.

La situation devient caricaturale avec l’ENA, dont le principal critère de sélection est l’aptitude à parler brillamment de sujets que l’on ne connaît pas. Cela fournit d’excellents fonctionnaires lorsqu’il s’agit d’appliquer une politique et d’aplanir les difficultés de sa mise en oeuve. Mais cela donne de mauvais dirigeants, car ils prennent le plus souvent comme boussole la direction du vent. Malheureusement, grâce à leur remarquable adaptation à notre monde politico-médiatique, ils monopolisent le pouvoir.

Leur multiplication aux postes de direction, en particulier dans les cabinets ministériels, n’améliore en rien la situation : on n’ajoute pas des compétences et des expériences, car elles sont à peu près les mêmes, mais de la confusion dans les décisions.

Il est essentiel de modifier profondément cette situation. La première mesure à prendre est de supprimer le recrutement des hauts fonctionnaires à la fin de leurs études. Ils seront sélectionnés par concours externes après un minimum de quinze années passées dans la vie privée. Cela cassera la mécanique décrite plus haut, tout en orientant nos élites scolaires vers le vrai défi que doit affronter notre pays: le redressement de notre économie, qui passe par celui de nos entreprises.

On fera de même avec le recrutement des juges. Il n’est pas raisonnable de faire dire le droit à des personnes qui n’ont aucune expérience de la vie que mènent les autres.

L’ENA deviendra un centre de formation continue pour préparer les concours et apprendre à discourir.

Daniel Fédou, le 5 février 2015.